Dialogues avec Monet
Exposition collective, du 12 juin au 1er août 2026
En 1950, Katia Granoff rencontre Michel Monet, fils de Claude Monet, grâce au peintre André Barbier. À cette époque, l’œuvre tardive de Monet est largement dépréciée : les salles de l’Orangerie sont désertes, les Nymphéas incompris, parfois même tournés en ridicule.
Katia Granoff, pourtant, perçoit immédiatement leur portée. Convaincue de leur importance, elle construit avec Michel Monet une relation de confiance qui lui ouvre les portes de l’atelier de Giverny. Dans ses Mémoires, elle écrit : « Il m’a été donné de soulever la lourde stèle de l’oubli, d’éveiller les esthètes en sommeil. »
Elle voit dans les Nymphéas une œuvre fondatrice, annonçant les débuts de la peinture abstraite. Par sa manière de libérer la couleur et la lumière du sujet, Monet ouvre une voie nouvelle, qui inspirera de nombreux artistes tels que Wassily Kandinsky, Sam Francis, Joan Mitchell ou Shirley Goldfarb. Tous trouvent dans son approche une peinture de l’émotion plutôt qu’une représentation du réel.
Katia Granoff est la première marchande à révéler au public les œuvres restées dans l’atelier de Giverny. En 1956, son exposition Les grandes évasions poétiques de Claude Monet marque un tournant : le triptyque de L’Agapanthe (1915-1926) y est présenté pour la première fois en galerie. Plusieurs œuvres rejoignent ensuite de prestigieuses collections internationales, notamment celles du Museum of Modern Art, participant à la redécouverte mondiale des Nymphéas. Après sa rencontre avec Katia Granoff, Alfred Barr, directeur du MoMA, lui écrit : « Quel après-midi mémorable nous avons passé avec vous, déplaçant ces merveilleuses et fantastiques toiles dans la cour ! Nous ne l’oublierons jamais. »
En 1958, Katia Granoff publie un recueil de poèmes, Variations autour de quinze Nymphéas de Monet.
« En frappant le rocher de ma vie, Monet en a fait jaillir la source secrète de la poésie que j’avais crue tarie. »
Cette phrase résume peut-être l’essentiel : l’œuvre de Monet demeure une source inépuisable d’inspiration, traversant le temps et éveillant sans cesse de nouveaux regards. L’histoire de l’art se construit à travers ces transmissions, ces influences et ces dialogues silencieux entre les artistes et les époques. C’est cette idée qui est au cœur de Dialogues avec Monet, présentée à l’occasion du centenaire de la disparition de l’artiste.
Monet lui-même peignait dans le dialogue avec d’autres artistes. Lors de son premier séjour à Londres, en 1870-1871, il découvre les œuvres de J. M. W. Turner et de James McNeill Whistler. Il est profondément marqué par les atmosphères lumineuses et mouvantes de Turner, ainsi que par les harmonies subtiles des Nocturnes de Whistler.
L’œuvre présentée ici, Leicester Square, la nuit (1900-1901), est réalisée lors de son retour à Londres en 1899. Monet y observe la Tamise, le brouillard, les lumières de la ville et leurs reflets changeants. Fasciné par le « smog » londonien, il cherche à saisir cette matière mouvante qui dissout les formes et transforme le paysage en sensation. Pour restituer cette perception fugace, Monet travaille en série. Il peint le même motif à différents moments du jour et sous des conditions atmosphériques variées, poursuivant inlassablement les nuances de lumière et de couleur. Les toiles réalisées à Londres seront ensuite retravaillées à Giverny, à partir de ses souvenirs et de ses impressions. Ce qui semble peint sur le vif résulte en réalité d’un long travail de mémoire et de recomposition. Monet ne représente pas un lieu : il peint une expérience du regard.
Pour cette exposition, onze artistes contemporains ont à leur tour porté leur regard sur l’œuvre de Monet. Aucun ne cherche à l’imiter ; chacun lui répond avec son propre langage, sa mémoire visuelle et sa sensibilité à la couleur et à la lumière.
Les œuvres réunies ici témoignent de la multiplicité des résonances qu’une même peinture peut susciter. Chaque proposition est à la fois un hommage et une conversation entre deux époques. Figure majeure de l’histoire de l’art, Monet demeure ainsi une présence vivante, dont l’œuvre continue de dialoguer avec le présent.
Avec : Charlotte Barrault, Alex Bloc, Marion Chesnais, Margaux Desombre, Tess Dumon, Fabienne Gaston-Dreyfus, Olivier Gourvil, Lili le Gouvello, Olivier Masmonteil, Isabel Michel, Joséphine Vallé Franceschi.
© Sophie Labruyère