Rendez-vous avec Amédée

Exposition Gourvil & Ozenfant, du 19 février au 28 mars 2026

La forme comme langage : une rencontre inattendue

Au cours de l’exposition Perigrammata d’Olivier Gourvil en 2023, Édouard Larock l’avait surpris en exposant, à côté de l’une de ses œuvres, un dessin d’Ozenfant, Arizona II, issu de sa période américaine. De cette proximité providentielle a jailli un lien partagé par les deux artistes : une même attention portée à la forme qui fait langage.

Ce dessin d’Ozenfant, éloigné de ses natures mortes puristes les plus connues, révèle un autre versant de son vocabulaire plastique : un paysage où la rigueur constructive se fait plus souple, laissant affleurer ce qu’Olivier Gourvil décrit comme un “surréalisme puriste”. Cette composition résonne étroitement avec sa propre pratique.

Rendez-vous avec Amédée n’est pas une exposition de correspondances ni de parentés stylistiques. Toujours entouré d’artistes qui nourrissent et accompagnent son travail, Olivier Gourvil n’avait pas imaginé y faire entrer Ozenfant. Il s’agit donc d’une rencontre : celle de deux écritures picturales séparées par le temps, réunies par une manière d’organiser les formes, de construire l’espace et de laisser la couleur agir avec retenue mais intensité. 

Les œuvres présentées ne cherchent pas à se répondre mot à mot. Elles ouvrent plutôt un champ d’échos : rythmes, tensions, équilibres, silences. Chez l’un comme chez l’autre, les formes ne sont jamais décoratives; elles s’imbriquent, se répondent, se tiennent dans une relation presque musicale. Une peinture qui se tient entre immobilité et vibration.


Amédée avant Ozenfant

Amédée Ozenfant occupe une place essentielle dans l’histoire de la galerie. Dès la fin des années 1950, Katia Granoff sut voir au-delà de la figure du théoricien puriste : un peintre-poète, explorateur de paysages, de lumières et d’harmonies nouvelles, capable de réunir rigueur et émotion, clarté et profondeur. Elle œuvra à révéler la diversité d’un travail trop souvent réduit à ses principes.

Aujourd’hui, la galerie poursuit ce geste : apprendre à regarder Amédée avant Ozenfant. Non pas une figure figée de l’histoire de l’art, mais un artiste dont la pensée plastique demeure active. Mettre son œuvre en regard de celle d’Oliver Gourvil, c’est affirmer que cette pensée continue d’éclairer le présent, sans être interprétée ni illustrée.

Depuis plusieurs années, Olivier Gourvil développe un travail autour de la mémoire et de l’absence, faisant réapparaître sur les murs des œuvres qui ne peuvent être montrées devenant ainsi des “œuvres fantômes”.

Avec Rendez-vous avec Amédée, cette dimension devient centrale. L’artiste a choisi de s’appuyer sur une peinture d’Ozenfant absente de l’exposition, appartenant aux collections de la National Gallery of Victoria (Melbourne, Australie). Par un dessin fantôme, il en ravive la présence et interroge ce qui nous est donné à voir, mais aussi ce qui nous échappe, ce qui demeure hors champ. L’exposition devient ainsi un espace de projection.

En 2026, soixante ans après la disparition d’Amédée Ozenfant, cette exposition propose un moment suspendu, où deux pratiques se croisent et où la peinture, fidèle à l’esprit que Katia Granoff savait reconnaître, continue d’ouvrir un espace de liberté de pensée et de regard.

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